Marie Astre

Mon travail se décline en une série d’expériences mettant en scène le corps dans ses potentialités de relation avec la nature, l’animal, la culture ; dans l’action comme dans l’observation du monde. Cette recherche se construit à travers l’expérience artistique : celle vécue par le corps de l’artiste, du performer ou du spectateur.
J’utilise le corps comme un prisme au travers duquel se développe une réflexion plus large. Dans sa relation à la nature, à l’animal, à la culture, à l’art, à l’autre, le corps est toujours confronté à quelque chose ou quelqu’un qui le regarde et qu’il regarde en retour. Dans ce dialogue, on peut dire qu’il inquiète le voir et est inquiété par lui. Il oscille alors entre l’être observant et observé, entre l’être représentant et représenté. Sa complexité repose sur cette dualité ; il est en même temps un volume contre lequel la vision se heurte, contre lequel on se “cogne”, mais aussi une surface douée de pleins et de vides, à l’intérieure de laquelle on entre, on sort, qu’on traverse et qui nous traverse. Cette surface, imageante et imagée, éloigne toujours le corps dans une représentation.
Elle crée des contextes dans lesquels il se dédouble. Et la cission entre la scène et le monde, entre le corps et son image, entre l’acteur et le spectateur, n’est jamais évidente. Mon travail tente d’inquiéter le corps de la même manière que celui-ci inquiète le voir. À travers la performance et l’écriture, je cherche à me rapprocher d’un corps sans images, c’est à dire sans croyances, sans superstitions, sans spectateurs et sans spectacles. En le distanciant de toutes ses formes de représentations et de liaisons aux images, je tente de faire réapparaitre sa puissance intrinsèque. Cette tentative fonctionne sous la forme de la réappropriation et aborde le corps comme premier instrument, objet, outil potentiel d'un soulèvement.



Marie Astre, 2018



L'être aux aguets, Marianne Derrien, Octobre 2015

Le corps millénaire, Camille Brée, Septembre 2015